Campus-beauf

Au moment où s'élève la contestation étudiante, notamment dans les villes de province, une étude sociologique, "Le monde des étudiants", remet pas mal d'idées en place. Plutôt bien lotis*, raisonnables et intégrés... de quoi se plaignent* les étudiants ? Mais d'ailleurs, ont-ils vraiment le goût de l'engagement et de la révolte ?

Plutôt bien lotis
Les conditions de vie des étudiants sont plutôt confortables. C'est ce qui ressort de l'étude pré-citée menée auprès de plus de 2000 étudiants de Nanterre, Rouen et Besançon. Près de 40 % d'entre eux ont une voiture, et la plupart bénéficient des largesses de leurs parents, doublées de revenus propres issus des jobs d'été ou de petits boulots pendant l'année. Le revenu mensuel moyen des étudiants s'élève ainsi à près de 3000 F, ce qui n'est pas la panacée, mais constitue une somme supérieure au RMI. La différence d'origine sociale qui a longtemps empêché l'éclosion d'une "condition de vie étudiante" s'estompe aujourd'hui, grâce à la relative démocratisation du milieu étudiant, notamment en province. 70 % des étudiants ont un livret de caisse d'épargne* et le quart souscrit à un plan épargne logement* ! A l'âge où l'on joue les cigales, les étudiants font plutôt figure de fourmis, et commencent à planifier leur avenir.

Tous des beaufs* ?
Côté loisirs, les étudiants sondés dans l'étude des sociologues affichent clairement leur goût pour la fête, c'est-à-dire le resto*, les sorties en boîtes ou le cinéma. Vient ensuite le sport, qui motive la plupart des adhésions à une association. Mis à part le ballon rond ou la muscu, les étudiants ne manifestent guère de goût pour les mouvements associatifs, en particulier politiques ou syndicaux. Les réunions religieuses attireraient même deux fois plus de monde que les réunions politiques (on peut s'interroger sur la représentativité de l'échantillon !). "Ni gauchistes ni apathiques, les étudiants apparaissent plutôt comme modérés, raisonnables, sans attendre beaucoup des organisations politiques" note Olivier Galland. Quant à la ville qui accueille leur université, elle ne les intéresse guère : plus de 60 % des étudiants sondés ne sont même pas inscrits sur ses listes électorales, ils sont "plutôt des consommateurs de services que des citoyens" note le sociologue.